L'heure de la fin des temps n'est pas si proche...
J'entendais ce matin le secrétaire général d'Ecolo débattre avec le président du MR ; il se défendait du reproche de manque de sérieux reproché par un auditeur en disant : "depuis plus de 30 ans, le parti Ecolo met en garde contre les catastrophes qui nous attendent" etc etc.
Ce qu'il oubliait de préciser, c'est qu'au début des années '70, la mode catastrophiste en était à annoncer les périls d'un refroidissement intense de la Terre. Vers le milieu des années '70, on commença à parler des épouvantables méfaits des fréons et du "trou dans la couche d'ozone" qui allait nous griller. Curieusement, les chercheur français faisaient savoir au monde que le Concorde ne produisait aucun dommage environnemental (j'ai encore l'article dans un numéro de La Recherche de 1976).
Il est fort regrettable que les écolos aient toujours eu cette attitude catastrophiste, puis qu'ils se soient positionnés tellement à gauche, un comble pour un parti qui se proclamait "ni à gauche, ni à droite" dans ses débuts (ce qui lui valait les inimitiés de la gauche, qui rappelait le mot d'Alain selon lequel celui qui se définit "ni-ni" est en fait de droite), mais cela était normal vu l'origine politique et sociologique de ses membres lors de la montée en force du mouvement (beaucoup de trots déçus et de cathos de gauche). Il est amusant à ce propos de constater combien la gauche voulait enterrer la notion de "progrès", tant en biologie qu'en sciences humaines, mais continue selon ses propres dires à "rassembler les progressistes"...
En attendant, les "écolos" de la première heure (qualifiés en général de protecteurs des p'tits zoizeaux) étaient renvoyés dans les ténèbres extérieures, tel un Antoine Waechter (traité immanquablement de facho, ben voyons), ou chez nous, un François Roelants du Vivier.
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les politiques prônées par les écolos sont généralement ultra-dirigistes, inspirées des pays socialistes dont on sait à quel point ceux-ci étaient respectueux de l'environnement (j'excepte évidemment Cuba, cher au WWF).
Enfin, Sarkozy vint... (A suivre, encore une fois...)
On n'a vraiment pas fini d'anthropomorphiser... Sauver la planète, la planète est malade, le bien de la planète, ma parole, on croirait qu'il s'agit de Tonton Léon ou de la Mère Lanfrit !
Oui, je sais, il y a eu Asimov qui a repris le concept de Gaïa vers la fin de Foundation, et même de façon très décevante pour un écrivain de cette trempe.
Mais notre planète est tout simplement ça : une planète X d'un système solaire Y comme il y en a des centaines de milliards dans les milliers de milliards de galaxies Z. C'est Pascal, si j'ai bonne mémoire, qui parlait de la vie comme une espèce de moisissure à la surface de la Terre. Il n'y a pas de "Dame Nature", seulement des mécanismes simples et crus agitant ce que nous appelons pompeusement la lithosphère, l'asthénosphère, la biosphère et tutti quanti. Et notre modeste contribution à l'émission de GES (gaz à effet de serre) n'est vraiment pas grand'chose à côté des torrents d'oxygène plus que probablement émis par les premiers êtres vivants il y a plus de 3 milliards d'années, oxygène qui a complètement changé la composition de l'atmosphère.
En tous cas, si la Terre est notre Môman, c'est plutôt une marâtre : depuis le Cambrien (càd il y a 600 millions d'années), on compte au moins 5 extinctions massives (entre 80 et 95% de toutes les espèces qui disparaissent !) et autant d'extinctions moins étendues, mais tout de même impressionnantes. Et la petite dernière il y a une soixantaine de millions d'années, qui a entièrement vidé la Terre de ses dinosaures (OK, les oiseaux sont techniquement des dinosaures, mais passons).
Ne nous surestimons pas ; nous sommes très capables de détruire beaucoup (et dieu sait que l'Homme l'a fait ! le mythe du bon sauvage a beau avoir la vie dure, on sait tout de même que les Polynésiens ont éradiqué quasiment toute la faune sur une grande partie de leurs îles, que les Malgaches ont vidé les forêts de la majeure partie de leurs lémuriens, etc. etc.), mais ça n'empêchera pas la Terre de tourner ni le Soleil de continuer son existence de séquence principale. Il m'a toujours semblé bizarre de vouloir se placer sous une autorité morale un peu cucul ("Il faut respecter la natûûûûre") au lieu d'être honnêtement et sainement égoïste ("Si je fous mon environnement en l'air, dans quoi vais-je vivre ?").
Enfin, on peut le dire : Pizarre, Cortés et consorts étaient super sympas. On ne peut tout de même pas leur en vouloir d'avoir apporté la variole et diverses autres petites maladies ; d'ailleurs, ils se sont fait refiler la syph, donc ils sont quittes, non ?
Mais surtout, ils ont apporté le catholicisme à ces sauvages (et ils ont emporté l'or). Il ne faut certes pas croire qu'on les a forcés - enfin si, un petit peu, juste ce qu'il fallait pour en faire des martyrs, c'est beau, le martyre, vous savez - non, pas du tout : "le Christ était le sauveur auquel ils aspiraient silencieusement", ce n'est pas moi qui le dis, c'est Benoît XVI, vous imaginez s'il sait de quoi il parle, c'est le pape, après tout ! Notons tout de même qu'ils n'étaient pas tellement silencieux quand on les brûlait sur un bûcher, mais on ne fait pas d'omelettes sans casser quelques oeufs.
Sacré Benoît, t'en rates pas une, décidément ! C'est le Grand Orient qui rédige tes discours ?
C'est un rituel en France pour les antilibéraux (qui se déchaînent à l'occasion d'une élection dont on entend parler depuis quelque temps) de qualifier la pensée libérale de "simpliste" ou de "naïve", ce qui, par ailleurs n'est pas du tout la même chose.
La première chose à remarquer, c'est ce terme d'"antilibéraux" que se sont décerné différents groupes, de la gauche du PS aux Verts radicaux en passant pas tous les types de trotskystes (et dieu sait qu'il en existe, en France) et les deux ou trois membres du PC qui restent (je suppose les Maos aux oubliettes, mais sait-on jamais). Tous altermondialistes, bien sûr, ça fait mieux qu'antimondialistes pour des gens qui ont toujours le "Prolétaires de tous pays" à la bouche. Mais antilibéraux, par contre, pas alterlibéraux - pourtant, ça ferait plus riche ! Se définir en terme d'opposition me semble étrange, d'autant que l'extrême droite est évidemment elle aussi farouchement antilibérale, tant pour le politique que pour l'économique. Mais enfin, si ces braves gens en ont ainsi décidé, qu'il soit fait selon leurs voeux.
Il va de soi que je ne désire pas refaire l'histoire des libéralismes, le sujet a été exposé en long et en large durant cette campagne présidentielle. Tout de même, cette qualification de "simpliste" me laisse rêveur ; ayant toujours appris à privilégier les explications simples et surtout pas ad hoc, bref à manier le fameux rasoir d'Occam, je ne comprends pas pourquoi il faudrait s'en garder en l'occurrence. Oh certes, dire que le marché arrange tout et à l'optimum est un peu trop simple, je l'accorde, mais après tout, n'est-ce pas aussi le mode de raisonnement par lequel on arrive à la démocratie ? Car la démocratie, elle aussi, est tout de même simpliste ! Je rappelle que les démocraties antiques recouraient au tirage au sort et à l'exercice direct du pouvoir ; plus personne ne propose un tel mécanisme, sauf peut-être quelques soixante-huitards attardés et sans doute Gérard de Sélys. Non, on a trouvé mieux, et presque aussi simple : un Homme, une Voix. Et le tour est joué ? On dira que ça aussi, ça arrange tout et à l'optimum ? Pas vraiment, mais on a essayé tant d'autres combinaisons (en dehors des dictatures pures et simples) : vote plural à la richesse, vote plural au nombre d'enfants, collèges restreints, et j'ajoute ceux-ci, et je retranche ceux-là... Discussions sans fin, aucune théorisation possible, bref pure idéologie.
Un Homme, une Voix.
Donc, le marché pur et dur ? Non, pas plus qu'il n'y a en réalité un Homme, une Voix : il faut être majeur (et là on recommence à pinailler) et capable (on élimine les aliénés, les personnes condamnées à la privation de leurs droits civiques, etc). Le marché s'encadre aussi, mais tout aussi légèrement. Si tout à coup les tribunaux se mettaient à priver un trop grand nombre de justiciables de leurs droits politiques, on ne manquerait pas d'y regarder de plus près. L'économiste le plus libéral approuvera l'existence indispensable d'une autorité anti-trust, comme le démocrate le plus sourcilleux admettra qu'il n'est pas bon d'entrer avec une arme dans un bureau de vote.
Qu'on m'entende bien : je ne dénonce pas de quelconques "effets pervers" du dirigisme, une telle dénonciation ayant généralement pour but de conformer le statu quo, on le sait bien. Une hausse du SMIC entraîne quasi-mécaniquement une hausse du chômage chez les travailleurs non qualifiés (on l'estime en France à - en gros - 10.000 emplois détruits par % de hausse du SMIC. Estimation faite par des économétristes bourgeois à la solde du grand capital peut-être, mais j'attends les chiffres des économéjoyeux prolétariens), voilà, il faut le savoir. Est-ce la fin du SMIC ? Certainement pas ! Les mécanismes sont simples, mais ce qui est complexe, très complexe, c'est l'arbitrage. Et c'est là que le politique intervient.
Le libéralisme est très simple ; l'anarchisme aussi, et il y a une continuité très forte entre les deux...
Le GIEC est donc en session à Bangkok pour trouver un catalogue de mesures destinées à retarder et à freiner le réchauffement climatique ; il n'y a pas si longtemps une telle phrase aurait scandalisé plus d'un : le RC, il faut le combattre, non ? Ben ouais, c'est un peu comme le vieillissement, on aimerait bien le combattre (c'est ce que prétendent faire une armée de charlatans), mais on ne peut tout simplement pas...
J'avais dans une chronique précédente (ça fait sérieux, non ?) encouragé mes innombrables lecteurs à consulter le dernier rapport du GIEC en date, et j'attends le prochain avec grand intérêt.
Avec d'autant plus d'intérêt, ajouterai-je, qu'une brève à la RTBF (par la gémisseuse en chef) ce midi m'a mis la puce à l'oreille : il y aurait du tirage dans l'air, étant donné que certaines positions risquent de faire grincer des dents chez "les" ONG...
Alors, oui, évidemment, le nucléaire ou plus généralement la techno, ça n'a pas la cote chez "les" ONG ! Mais on voit poindre ici un certain dévoiement : là où on louait les experts du GIEC de pouvoir résister aux pressions gouvernementales, on a comme un glissement qui leur reprocherait presque de ne pas s'aligner sur les opinions "des" ONG... et quand je dis presque...
Vous avez probablement lu les articles consacrés aux risques de pollution par les voitures roulant à l'éthanol. Bien entendu, certains ont immédiatement voulu y voir un complot ourdi par les pétroliers, encore qu'on s'explique mal comment Bush, notoirement aux ordres desdits pétroliers, fait un travail de propagande intense pour le bioéthanol.
(Petite parenthèse en passant : Bush est coupable de tout, point à la ligne. Lors de l'affaire des marins britanniques raflés par les Iraniens, il y a eu des manifestations d'"étudiants" à Téhéran, devant l'ambassade du Royaume-Uni. Et que criaient - entre autres - ces sympathiques manifestants ? Mais oui, vous l'avez deviné, "mort aux USA", pays qui n'avait évidemment rien à voir dans l'affaire : c'est pavlovien.)
Non, l'article de Mark Jacobson est simplement une extrapolation numérique d'effets constatés par ailleurs, il n'a rien de révolutionnaire et se contente de reprendre à son compte ce qu'on savait depuis toujours : avant de vous précipiter, évaluez les conséquences. Et puis, après avoir examiné toutes les conséquences prévisibles, on passe graduellement au changement. Mais ça, c'est du domaine du rêve, l'homme ne fonctionne pas ainsi.
A dire vrai, ce n'est pas une mauvaise nouvelle, puisque de toute façon le biofuel n'est pas la solution miracle. Comme l'hydrogène : ce n'est pas, mais alors pas du tout, la réponse ultime, malgré l'enthousiasme de ses fans, dont le célèbre Jeremy Rifkin - l'homme qui brandit toujours le principe de précaution sauf quand il s'agit de son chouchou.
Cela étant, et nonobstant tous les Jeremy Rifkin, les apôtres de la décroissance et les naturopathes barbus à sandales, ce n'est que par la technologie qu'on arrivera à combattre le réchauffement inévitable ; on a beaucoup glosé sur le dernier rapport du GIEC, mais il est plus intéressant de le lire que de lire les ragots colportés sur son compte.
Sauf tout de même que Le Pen a ramassé une beigne...
Le reste est plus triste, jugez-en : "L'humanité va devoir réduire de 80% d'ici 2050 ses réductions de gaz à effet de serre (GES), soit plus que prévu, si elle veut avoir une chance d'enrayer le réchauffement climatique comme le souhaite l'Union européenne, annoncent jeudi des chercheurs", c'est une dépêche Reuters que vous avez peut-être lue.
Ben oui, ça commence à se savoir : il ne suffira pas de prendre votre vélo le dimanche ! Comme le faisait remarquer un lecteur du New Scientist, à la lecture du "Living Planet Report 2006" du WWF (page 19), le seul pays a avoir une économie durable est, je vous le donne en mille : Cuba ! Je suppose que la Corée du Nord est disqualifiée à cause de sa bombe atomique. Le même lecteur conclut qu'il faudra remplacer le capitalisme - incompatible selon lui avec le développement durable, alors que le communisme se base sur les besoins réels des gens et de la planète.
On peut se demander ce que la planète désire ou ce dont elle a besoin ; inutile de le lui demander, d'ailleurs, il y a des tas de gens qui aiment parler en son nom. Mais on peut effectivement demander aux gens ce qu'ils veulent, et ça, jusqu'à présent, ce n'est pas l'habitude des régimes communistes. Quant on voit les réalisations desdits régimes en matière de protection de l'environnement, on hésite sur le sérieux du bonhomme.
Mais enfin soit : le mode de vie cubain est donc celui qu'il faut viser. Enfin, que NOUS devons viser, car ne comptez pas trop sur les gens du BRIC pour le faire : ils en viennent ! Inutile de dire que personne n'acceptera ce genre de régression ; il est toujours beaucoup plus simple pour les Etats de crier haro sur les USA qui n'ont pas ratifié le protocole de Kyoto - tout en émettant des certificats d'émission de CO2 (les "droits à polluer") parfaitement délirants en se disant que c'est le voisin qui consentira les efforts nécessaires. Résultat : le prix de la tonne de CO2 est passé de 30 euros il y a un an à un peu plus d'un euro aujourd'hui...
Voyons les choses en face : le salut ne viendra pas de la réduction du mode de vie, quoi qu'en pensent les Verts et autres Ecolos (pour eux, il s'agit d'ailleurs plus d'une fin que d'un moyen - ce sont des gens très moraux). Nous devrons de toute façon apprendre à vivre avec le réchauffement, et ce très rapidement. Mais ce n'est pas la fin des mauvaises nouvelles... (à suivre)